Oui, je râle...
C'est ma double fonction qui me permet cela : je suis femme ET française. Et je vous emmerde... enfin façon de parler, parce qu'en réalité, je suis super gentille, un agneau.
Je mets de côté la génétique. Oui parce que sinon c'est pas crédible.
Aujourd'hui, je suis pas contente. Hier aussi hein, mais là je le verbalise mieux.
J'ai 35 ans. Quand on arrive à cet âge respectable, on reçoit dans sa boite aux lettres un décompte de ses points retraites, les trimestres travaillés depuis le début de sa vie. Inutile de vous dire qu'il vaut mieux avoir évité au max le travail au black pour avoir une minuscule chance de péter les scores. Me concernant, mais je suis rassurée, je ne dois pas être la seule, c'est plutôt maigre. Chaotiques ont été les 15 dernières années, tant d'un point de vue taf que perso d'ailleurs. A l'heure des bilans, l'addition est dure à avaler. Je vous passe les détails, j'ai fait un rapide calcul mental sur mon téléphone et Ô stupeur, je vais devoir travailler jusqu'à 70 ans, si je veux espérer toutcher ... non je peux pas l'écrire, ça va me porter la poisse... Mais bon sang, ça fout les boules.
Sur le coup, je me suis dit : mais quelle glandeuse quand même, commencer à travailler à 23 ans, par intermitence qui plus est, avec un salaire de misère, c'est vraiment pas sérieux tout ça.
Hé oui, mon premier réflexe a été de me blamer MOI-MÊME. Pas le Président de la République, pas son gouvernement, ni Mme Machpro (vous connaissez pas)... MOI. Parce que j'ai quand même bien glandé hein, je peux pas me voiler la face. Ha ça, en matière de potes et de chouilles, j'étais une pro. Mais pour ce qui est du feu sacré, la flamme du travail bien fait, la motivation dure comme ... hum, bref, dure quoi. Ben fallait repasser. Plus tard. Beaucoup plus tard.
Aujourd'hui, Dieu merci, je me suis ressaisie. Ca date pas d'hier faut noter. Depuis quelques années déjà, je suis nettement moins branchée bohème et tout ça. J'ai même monté ma propre entreprise. C'est pas facile tous les jours. Parfois j'ai envie de m'en balancer une par la droite, de tout plaquer, d'enfiler un pagne et d'aller chasser les écureuils dans la forêt. Parfois, je ressens cette euphorie caractéristique du projet génial qui abouti enfin, du travail accompli avec brio, du gros chèque/virement qui déboule sur ton compte, rattrapant par les cheveux un banquier à deux doigts de rejeter un chèque tellement t'es à découvert. Je trime quoi.
Aujourd'hui, comme mon grand-père qui accueillait le préposé aux retraites dans les années 50 avec son fusil, je ne pense pas à ma retraite. Je n'y pense pas parce que je SAIS que je n'y aurais pas droit. Ou alors un tout petit peu. Parce que vilaine fille que je suis, je n'ai pas assez travaillé, pas assez payée...
Aujourd'hui je râle contre la médiocrité, la lacheté, l'hypocrisie, le mépris des gens de mérite. C'est ça la France pour moi aujourd'hui : un ramassi de gens insatisfaits d'un sort pourtant enviable. Qui une fois leur télé éteinte, les banderoles rangées et la paye arrivée sur leur compte, se demanderont seulement dans quelle île paradisiaque ils iront passer leurs vacances low-costs, à regarder des pauvres indigènes mourir de faim, en se disant que quand même, ils ont de la chance de vivre en France.
Bande de sales cons amnésiques.
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